Après cinquante ans de mariage, j’ai demandé le divorce. Même aujourd’hui, écrire ces mots me semble irréel, comme si je racontais la vie de quelqu’un d’autre. Pourtant, c’était bien la mienne. À soixante-quinze ans, j’ai enfin reconnu une vérité que je repoussais depuis des décennies : j’étouffais. Julien et moi avions construit une vie irréprochable, un pavillon toujours impeccable, des enfants devenus adultes, des habitudes solides comme de la pierre. Aux yeux des autres, nous étions l’exemple parfait de la longévité conjugale. Mais quelque part en chemin, je m’étais perdue.
L’effacement progressif derrière l’autre

— Tu n’aimes pas les plats épicés, tu te souviens ?
Oui, je me souvenais. Je me souvenais surtout que je n’aimais pas le piquant parce que lui ne l’aimait pas. Quand les enfants étaient petits, je pensais faire un sacrifice. Lorsqu’ils ont quitté la maison, je me suis dit qu’il était trop tard. Mais face à mon reflet devenu étranger, j’ai compris que se reconstruire après un divorce, même tardif, était devenu une nécessité.
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